
Le peuple afro-américain, est à l’origine du rap. Même traumatisé et victime d’un « lavage de cerveau » collectif remontant à l’esclavage, ce peuple a su conserver les traditions comparable à celle des griots africains (considéré comme étant les dépositaires de la tradition orale) et s’est servis de cette longue tradition verbale.
Les « dozens », sortes d’haïkus sexuels adressés à la mère d’un adversaire ( les fameux « ta mère…» français viennent de là ) datent des années 60.
Quand à ses sources, le rap puise ses influences musicales dans la soul, le blues, le funk et bien sûr le jazz qui laisse une grande place à l’improvisation .
Ce serait réduire le Rap, que de le faire démarrer en 1979 : année du succès inattendu de « Rappers Delight », tube mondial pour le groupe Sugarhill Gang.
En effet, les racines du rap remontent au moins à la fin des années 1960 et à l’apparition des Last Poets, un collectif de jeunes noirs militants qui ont mis leur rage en rimes et en percussions. Les textes sont engagés et violents, ce qui vaut au Last Poets d’être espionnés par le FBI. Leur rencontre avec Malcom X, et leur fréquentation tel que les Black Panthers sont considérés comme une menace pour l’Etat. En 25 ans de carrière, ce groupe n’a jamais changé les messages véhiculés par leur musique, même sous le poids de l’Etat.
Les origines du Rap, se sont aussi les Sound Systems jamaïcains. En Jamaïque, la musique se colporte avec des camionnettes aux hauts parleurs énormes qui, d’un bout à l’autre de l’île, jouent et font circuler les tubes reggae du moment.
Depuis les années 60, les Sound Systems inondent la Jamaïque accompagnés de « Toaster » qui s’emparent du micro pour raconter des histoires sur des instrumentaux.
Le parallèle avec les block party New-Yorkaises qui ont marquées le début du Rap aux Etats Unis est évident. Effectivement, les premiers DJ stars américains étaient des gens comme GrandMaster Flash ou DJ Kool Herc. Ce dernier , fasciné par les disques de James Brown anime une soirée pour l'anniversaire de sa sœur dans la cave de son immeuble du Bronx (New York) en 1973 et a l’idée novatrices d'utiliser deux platines afin de pouvoir enchaîner sans pauses les morceaux et de faire durer les breaks, ces passages rythmiques où tout disparaît au bénéfice du beat, du tempo nu. Dès lors, les soirées se multiplient pour lui, les danseurs viennent en masse pour donner libre cours à leurs improvisations. Il continuera à s’exécuter de la même manière pour différentes « block parties ». Dans chacune d’entres elles, il aura l’idée de faire monter sur scène une « célébrité » du quartier pour ambiancer la fête en débitant des paroles festives. Par cette simple entreprise KOOL HERC, devient l’instigateur du rap, industrie qui brassera des années plus tard des milliards de dollars.
Tout article rapide sur l’histoire de la culture rap démarre invariablement avec le tube « Rappers Delight » du trio Sugarhill Gang, qui n’était qu’un groupe monté de toute pièce par la productrice Sylvia Robinson (chanteuse soul avant de toucher beaucoup d’argent grâce à ce titre).
Autre rap historique sortie en 1979 : « King Tim III » de Fatback, un groupe funk qui avait invité un présentateur radio à parler sur leur musique. Ces quelques chansons, si elles marquent la naissance discographique du genre, ont pourtant toutes des liens avec un riche passé. Les acteurs de la scène rap ont grandi aux sons des mêmes musiques noires traditionnelles, du funk, de la soul, et même du gospel.
Les premiers rappeurs des années 1979-1982 racontent des anecdotes, occupent l’espace avec des rimes matérialistes ou ventardres.
Mais en 1982, les premiers signes de la nouvelle vague plus sociale dans le hip-hop apparaissent. En outre, le rap accède à l’âge adulte par la grâce d’une chanson, véritable pierre ang
ulaire de cette saga musicale venu de l’underground : « The message » de GrandMaster Flash sortie en 1982. Ce titre marque symboliquement une rupture. Il décrit un paysage urbain qui ressemble à l’Enfer de Dante ( célèbre œuvre d’art) : des cafards dans la cuisine et des junkies dans le jardin publique. La fête est fini, les années 80 viennent réellement de commencer.Cette même année c’est Bambaataa, "The Godfather of Hip Hop" (le parrain du Hip-Hop) qui fait entendre la voix de la Zulu Nation, en sortant "Planet Rock", qui fut un tube mondiale. Il est l’instigateur d’une alternative pacifiste aux différents gangs violents qui contrôlaient la plupart des quartiers défavorisés de New York. Via des chansons comme « Lookin’ for the perfect beat », il invite la population de ces ghettos à l’hédonisme, et à un regard plus positif sur la vie.
Le Hip Hop commence à sortir du microcosme du Bronx, des rappeurs émergent de tous les quartiers de New York, et une nouvelle histoire du Hip Hop est en marche. Le groupe du Queens, Run DMC apporte un son révolutionnaire au Hip-Hop : un son plus agressif et percutant . En effet, les rimes sont nettement plus libres. Le groupe va révolutionner l’image du rappeur, en adoptant le style vestimentaire Adidas , et assaisonnera son rap de rock avec des morceaux comme "King Of Rock" et "Walk This Way" en duo avec le groupe de hard rock Aerosmith.
Les groupes et rappeurs/rappeuses se multiplient. Ils foisonnent dans tous les boroughs de New-York : de LL Cool J à Roxanne Shante en passant par Eric B , KRS One de Boogie Down Productions. Toute une nouvelle génération arrive.
Dès 1985, le Rap se développe à une vitesse phénoménale aux Etats-Unis.
Le rap à contenu social mis en place par « The Message » continue son ascension avec les groupes comme Public Enemy, groupe controversé, qui impose sa différence dès ses débuts. En effet, Public Enemy délaisse le côté festif pour dénoncer les inégalités sociales et raciales. Leurs textes sont plutôt virulents, Chuck-D un des membres du duo s’attaque même à deux icônes de la culture blanche dans le titre « Fight The Power » :
« Elvis was a hero to most / But he never meant shit to me you see / Straight up racist that sucker was / Simple and plain / Motherfuck him and John Wayne / Cause’ i’m black and I’m proud […] / Most of my heroes don’t appear on no stamps »
« Elvis était un héros pour la plupart / Pour moi c’était un moins que rien / Un foutu raciste purement et simplement / Qu’il aille se faire foutre lui et John Wayne / Car je suis fier et noir / Mes héros à moi on les trouve pas sur les timbres-poste ».
De même, le single « Public Enemy Number One » pose les bases de la philosophie radicale du groupe, dominé par un tandem complémentaire, Chuck-D, le rappeur imprécateur et Flavor Flav le bouffon (au sens légitime du terme bien sûr).
L’année 1986 marque l’arrivée inattendu d’un groupe de punk rock reconverti au rap : les Beastie Boys. Ce trio composé de trois blancs d’un milieu social aisé est bien accueilli par la critique est par les autres rappeurs. Le groupe alternatif, signé sur le prestigieux label Def Jam, est couronné par le succès mondial de « Lincensed to Ill ». Leur album ne reculera pas devant les emprunts au hard rock et les hymnes aux sonorités et messages telles que « (You’ve Gotta) Fight for you right to party ».
L’égotrip constitué de punchlines (en français phrases choc) a aussi sa place au sein du paysage rap avec des artistes tels que EPMD, Kool G Rap & Polo, Ultramagnetic Mc’s, Big Daddy Kane.
L’égotrip est plus ou moins utilisé par tous les rappeurs à un moment donné de leur carrière. C’est avant tout un moyen de s’affirmer voir de s’autoproclamer au dessus de ce milieu de plus en plus compétitif. De plus, il permet aussi des rimes libres, donc une plus grande créativité des textes.
Les divergences au sein du rap décuplent. Beaucoup de scènes différentes apparaissent, même si elles sont assimilées au même genre de musique. Mais la créativité et la positivité en matière de rap ne sont pas en reste : le posse* Native Tongue (Jungle Brothers et A Tribe Called Quest) a comme point commun une vision positive et afrocentriste.
Dès 1988-90, le posse entriste du rap. Il reprend l’idéal du bonheur que véhiculait la Zulu Nation d’Afrika Bambataa quelques années auparavant. Leur son est empreint de jazz, « A Tribe Called Quest » finira même par inviter Ron Carter, le fameux bassiste, sur une des compositions de leur second album, « The Low End Theory ». Il aborde des sujets plus ou moins abstraits et spirituelles et critique le machisme, et la violence que prône le Gangsta Rap.
Au début des années 90 c'est la véritable naissance du rap dans l'esprit plus revendicatif où les textes prennent une importance capitale.
C’est simultanément que le Gangsta Rap émerge sur la côté Ouest du pays : la Californie, un état à 3 fuseaux horaires de celui de New York, berceau du rap. Venu des quartiers défavorisés et sensibles de Los Angeles tels que Compton et South Central, le Gangsta Rap amène des bénéfices colossaux et des polémiques considérables.
« Gangsta, Gangsta », est l’un des premiers 45 tours de NWA. Ce groupe venu de la banlieue de Compton ( ghetto noire très pauvre et plutôt meurtrier). Il raconte :
« Takin a life or two, that’s what the hell I do / You dont like how I’m living ? Well, Fuck you ! / This is a gang and I’m in it / Do I look like a fuckin’ role model ? / For a kid lookin’ up to me / Life ain’t nothing but bitches and money » « Je descends un type ou deux, c’est ça ma foutue occupation / T’aimes pas la manière dont je vis et bien, vas te faire foutre / On est un gang / Est-ce que j’ai l’air d’un putain de modèle à suivre ? / Pour un môme qui m’admire / La vie n’est rien d’autre que les putes et la thunes ».

NWA a certes, un franc-parlé. Leur premier album « Straight Outta Compton » se vend à plus de 2 millions d’exemplaires sans major compagnie (grande maison de disques) pour le distribuer.
Le rappeur californien Ice-T raconte quand a lui méticuleusement un braquage et une poursuite de police. Une vision réaliste à la première personne d’une confrontation entre police et gangster dans « 6 in the morning ». Ces adeptes du récit macabre donnent naissance au Gangsta Rap. Un rap lyriquement plus mélodique et plus accessible que celui de New York, mais lyriquement plus menaçant.
Les années 90 marqueront l’apogée du Gangsta rap avec le triomphe de Dr. Dre, puis de Snoop Doggy Dogg. Dr. Dre, après la séparation définitive de NWA en 1992, a sorti « The chronic », un disque au groove très funk. Le second rappeur longiligne a la rime paresseuse fait quand à lui ses premières apparitions sur la bande original du film « Deep Cover » et sur quelques raps de l’album « The Chronic ». A eux deux, ils écouleront plus de 10 millions d’albums entre » The Chronic », « Doggystyle », et « Murder was the case.
En parallèle, New York n’est pas en reste. La ville reprend le dessus en 1994 avec le collectif du Wu-Tang Clan composé de 9 rappeurs venus de Staten Island. Sous la direction de producteur-interprète RZA, ces artistes s’inspirent de l’imagerie Kung-Fu. Le Wu-Tang retourne aux sources avec un son old school (de l’ancienne école) et des paroliers hors-pairs.
En 1995-96, le rap américain change définitivement avec des artistes comme 2Pac, Notorious BIG, Coolio, puis les Fugees, Nas, Jay-Z et la création de labels très puissants comme Death Row ou Bad Boys Records. Une guerre sans merci éclate entre
ces deux labels. L'un étant sur la West Coast (Los Angeles) et l'autre sur la East (New York City). Death Row comptait parmi ses meilleurs rappeurs Tupac, Snoop Dogg et Dr. Dre tandis qu'à l'autre bout du pays Puff Daddy, The Notorious BIG (Bad Boy Records) étaient les pointures de la East Coast.La chanson de Tupac « Hit'em Up » est sûrement l'une des chansons reflétant le plus l‘atmosphère belliqueuse qu‘il y avait entre les deux camps. En effet, elle fait l’effet d‘une véritable déclaration de guerre. Cette chanson a extrêmement empiré cette rivalité. Dans “Hit'Em Up”, Tupac attaque Puff Daddy, Biggie (The Notorious BIG) et Mobb Deep, la East Coast, Junior M.A.F.I.A et le label Bad Boys en entier. La guerre fait rage pendant des années entre les rappeurs de la côte Est et de la côte Ouest. La compétition est si rude que les rappeurs se font la guerre, non pas avec des mots mais avec des armes.
En Mars 1996, la mort de Tupac marque le déclin de la côte Ouest, qui va s'engluer dans des guerres fratricides liées aux gangs, et ouvre la porte à des dizaines d'albums posthumes et à une adoration quasi-religieuse de Tupac.La nation rap se rendant compte de la dérive violente qui la touche et des pertes qu'elle a entraîné. Elle s'unit alors pour calmer les esprits, comme le symbolise le tube de PUFF DADDY, dédié à son ami Notorious, « I'll Be Missing You ».
1997-1998 : Les textes sont plus revendicatifs, construits et parlent de la vie quotidienne. On assiste à une véritable explosion de rap dans le monde.
En réponse au matérialisme affiché par certains rappeurs ne cherchant que le succès facil
e en recyclant sans aucune originalité des tubes des années 80 (Puff Daddy, Jermaine Dupri...), un nouveau type de poètes-rappeurs se développe, arpentant les bars et les concours d'improvisations comme a pu le montrer magnifiquement le film « Slam ».Par ailleurs, les femmes se font plus présentes sur le devant de la scène avec les succès des "vétérans" QUEEN LATIFAH et MC LYTE et avec l'émergence de nouvelles rappeuses plus que sexy et prêtes à tout pour le succès telles que FOXY BROWN, ou LIL'KIM.
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