lundi 2 mars 2009

#5 : II.1 : Evènements ponctuels dans cette société urbaine et changement de mentalité.


Le rap américain a d’abord été commerciale avec « Rappers’ Delight », la productrice Sylvia Robinson cherchait avant tout à faire du profit. Les premiers rappeurs racontent des anecdotes avec des rimes matérialistes vantardes et festives.
Les premiers signes d’une nouvelle vague plus social apparaissent vers 1980 : « How we gonna make », mais aussi « Bad Times » (I Can’t Stand It) de Captain Rapp, Street Justice avec « The Rake » (sur l’autodéfense), et, à un moindre niveau Kurtis Blow avec « Hard Times » ou « The Breaks ». Rarement une décennie aura été aussi décisive pour les Noirs américains que celle débutant avec l’accession au pouvoir suprême de Ronald Reagan, dont l’héritage fut le programme militaire Star Wars, la réduction de tous budgets sociaux et l’abandon définitif des ghettos noirs livrés à une micro-guerre civile alimentée des 1983-1984 par l’arrivée massive du crack sur le marché américain. Sans oublier une négligence criminelle vis-à-vis du sida pour motifs idéologiques (les gays, les drogués et les minorités ethniques « à risques », seules victimes supposées de l’épidémie, n’intéressent pas les républicains). Le tableau terrifiant de l’Amérique des années Reagan est celui d’un monde à deux vitesses, celui des gagnants et des laissés pour compte.


Le rap sera lui aussi victime de ce double système, et ne bénéficiera pas de la même diffusion sur les ondes que les autres genres musicaux. Radios et télévisions, avec la témérité qui les caractérise, hésitent à programmer ces nouveaux enragés.

« Ne me pousse pas, car je suis au bord du précipice / j’essaie de ne pas perdre la tête / c’est comme une jungle, parfois je me demande comment je fais pour ne pas sombrer. »

Tel un coup de tonnerre , « The Message » résume les conditions de vie des noirs américains en 1982, et s’impose dans le paysage musical .
Les rimes sont de Melle Mel et Duke Bootee (les véritables interprètes de la chanson). Ce titre sonne comme un cri d’alarme.
« The Message » a été mondialement diffusé, grimpant même au numéro 8 des charts britanniques en août 1982.
C’est donc à cette époque que le rap se radicalise et dénonce sans retour le problème noir. Certains groupes prônent la violence et la révolte en reprenant les principes de Malcolm X :
« pas de révolte, sans violence ».

Le groupe symbolisant parfaitement cette philosophie est Public Enemy avec leur « Don’t Believe The Hype » (littéralement « prend garde à l’intox »).
En 1988, Public Enemy sort son troisième album “The Fear of the Black Planet”. Le groupe relate la menace raciste qui plane sur l’Amérique.
Simultanément, de l’autre côté du pays, la côte Ouest est saisie par la secousse Gangsta Rap conduit par Ice- T, NWA et leurs célèbres « Straight Outta Comption » et « Fuck tha Police ».
Suite à un litige chez ces derniers, le groupe se sépare en 1991 après le départ d’Ice Cube et Dr.Dre pour Death Row Records.
En 1992, suite à une bavure policière grave Los Angeles prend feu.
En effet, les policiers qui ont donnés à un automobiliste noir Rodney King 56 coups en 82 secondes alors qu’il était à terre sortent libres après un verdict unanime « non coupables ». Les minorités sont absolument révoltés et le rap sera bien sûr leur bande-son.
Ces émeutes eurent des influences profondes sur les rappeurs.
De plus, il suffit d’écouter les textes d’Ice Cube, des Geto Boys ou de Naughty By Nature pour comprendre les évènements qui ont agité les banlieues noires. En cette période les textes étaient très virulents (voir Annexe : Texte et traduction de I wanna kill sam de Ice Cube)


Les émeutes de L.A entraînent quoiqu’il en soit une apocalypse raciale de taille, et ce, dans tout le pays. Le problème va même au-delà, l’Amérique blanche refuse de remettre en cause les forces de l’ordre et l’état souhaite protéger « l’honneur » des autorités. Ces évènements ont entraîné des réactions et ont endurcis les messages du rap.







Dès son accès au poste de maire de New-York en 1993, Giuliani instaure une politique de tolérance zéro (sanction au premier délit, même pour les mineurs). La répression contre les trafiquants en tous genres,
les réseaux de prostitution et le crime est organisée. On compte dans ses mesures, l’omniprésence de la police (passant de 27 000 en 1990 à 39 000 en 1999) et de l'intégration des minorités ethniques dans les forces de l'ordre. Il s’engagera aussi à la réhabilitation des
quartiers du nord de Manhattan, par exemple de Harlem.
Bien sûr, sa politique n’a pas produit que des succès. La tolérance zéro menaçait parfois d’emprisonner des innocents, de menacer les libertés civiles dont celles des minorités ethniques. La ville fut poursuivie une douzaine de fois pour violation du premier amendement : Le Congrès ne fera aucune loi qui touche l'établissement ou interdise le libre exercice d'une religion, ni qui restreigne la liberté de parole ou de la presse, ou le droit qu'a le peuple de s'assembler paisiblement et d'adresser des pétitions au gouvernement pour le redressement de ses griefs.
).
Néanmoins, les résultats sont formels : Entre 1993 et 1998, le nombre de meurtres par an a été divisé par plus de trois alors que le taux de délinquance ordinaire s'effondrait et que la prostitution était éradiquée de Times Square.

Les mutations dans les sociétés urbaines ont-elles aussi joué un rôle : conditions de vie moins difficiles, guerre des gangs moins présente , crack moins présent. Ces mutations ont rendus le message moins d’actualité.

Le rap est moins marginalisé car les rappeurs se posent moins en tant que victime mais plus en tant qu’acteur à part entière.
Le facteur Obama par exemple, rend les chansons de rap plus prolifiques en matière d’espoir. En effet, l’élection du 44e président des Etats-Unis a été un évènement historique, en particulier, dans ce pays qui a longtemps lutté pour les droits civiques des populations noires.
En 1987, KRS-One « le métaphysicien du rap » stimulait les esprits:
« Un président noir aux Etats-Unis ? C’est comme un juif qui essaierait d’être Hitler, c‘est le même concept ».

C’est une citation choc. Mais en effet, 20 ans plus tôt personne n’aurait pensé à la victoire de ce sénateur.
La communauté hip hop étaient de ceux, sinon l’entité qui s’est fait le plus entendre, pour le soutien diligent à Barack Obama.(voir annexe: Article les rappeurs réagissent)
L'euphorie secoue la communauté rap.
Pour beaucoup de rappeurs, la politique était quelque chose d’abstrait, qui les mettaient de nouveau à l’écart.
La confiance dont ils témoignent n’est pas aveugle.
Les rappeurs ont conscience de la difficulté de la tâche à laquelle s’atèle Obama et le supporte.
(voir soutien de Jay-Z à Obama suite à son investiture= document annexe)

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire